Les Heures Sombres présente · Kuchizuke
Un instituteur, une longue planche en bois sous un arbre, et trois générations qui s'y sont assises.

01 Pourquoi cet album
Il y avait une table dehors. Une longue planche en bois, sous un arbre. Les grands d'un côté, les petits de l'autre, et les gosses du quartier qui venaient s'asseoir sans que personne ne demande jamais qui payait les cahiers.
L'homme qui l'avait mise là était instituteur. Il n'a pas laissé de fortune ; il a laissé une table et l'habitude de tirer une chaise de plus.
Cet album suit ce qui est sorti de cette cour-là. Un fils parti travailler loin, à Kinshasa, qui fait venir les gens plutôt que de garder la place. Une femme, à Abidjan, dont personne ne cite le nom et sans qui rien ne tiendrait debout. Une collègue arrivée du Zimbabwe à qui on a ouvert une porte sans en faire une histoire. Un frère qui descend de Suisse pour ne pas rater un diplôme.
Rumba congolaise, guitare ivoirienne, coupé-décalé lent, gospel afro. Majeur, cuivres, chœurs, sébène. Les rires et les cris sont restés dans les prises.
« Et si tu écoutes bien, tu entends le maître
qui dit : allez, les enfants, on continue. »
L'instituteur, la cour, les cahiers. C'est là que tout a commencé.
Un portail, un manguier, une rue sans numéro. L'adresse d'enfance ne bouge pas.
Il n'est pas venu prendre la place. Il est venu en faire aux autres.
Il descend pour être là. Il ne raterait ça pour rien au monde.
Deux mille kilomètres pour dire bonjour. Elle est venue, et elle est restée.
On parle toujours de ceux qui partent. Jamais de celles qui restent.
Pas un soir sans appeler ses filles. Pas un soir. Demandez-leur.
L'église d'abord. Le golf après — mais l'église d'abord.
Le final. Ça monte, et ça ne redescend jamais.