Les Heures Sombres présente
Douze mots, douze chansons. Chaque syllabe est un tombeau qu'on ouvre en disant n'importe quoi.
01 L'univers
On dit un mot sans y penser. Il a servi, il a saigné, il a passé de bouche en bouche avant d'atterrir sur la nôtre. La langue est un cimetière où l'on marche sans le savoir.
Chaque chanson ouvre un mot et regarde ce qu'il y a dedans : une ville qu'on a collée sur le dos d'un homme, un médecin à qui on a donné une lame, six millions de Parisiens descendus sous le pavé, une légion qui tire au sort un homme sur dix.
Chanson réaliste du XIX siècle posée sur un bas du spectre moderne : accordéon, harmonium, vielle à roue sur 808 et charley trap. Les plus de quarante-cinq ans reconnaissent l'instrument, les jeunes reconnaissent le beat.
Visuellement : gravure, archives, clair-obscur, noir, ambre et cyan.
« Sous les mots, sous les mots,
dorment les os, dorment les os. »
Le mot comme tombeau. Pose le concept de l'album.
1914 : Joffre n'exécute pas ses généraux, il les envoie à Limoges.
Le médecin qui voulait adoucir la mort, et à qui on a donné la lame.
1786 : on vide les Innocents dans les carrières. Paris passe dessous.
La décimation romaine : un sur dix, tiré au sort, tué par les neuf autres.
49 av. J.-C. : un filet d'eau qu'on traverse sans se mouiller.
De l'arabe bārūd, la poudre à canon. On a gardé le bruit, pas le sens.
Poque, pochen, poker : le mot a fait le tour et personne ne l'a vu passer.
1679 : Versailles achète de la poudre. Le procès s'arrête quand les noms montent trop haut.
Le compagnon de Jeanne, le titre le plus haut, et la légende qui prend le reste.
1902, Brooklyn. On voulait sauver du papier, on a déplacé un continent.
Reprise de la signature. Le motif qui ferme le disque.
Certaines chansons existent en deux versions : même texte, deux interprétations. Une voix masculine, une voix féminine. Ce n'est pas un duo — c'est la même histoire, dite deux fois.
Version Lui, puis version Elle.
Version Lui, puis version Elle.
Version Elle seule.